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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 16:00
Wlodzimierz Kuklinski3
Illustration de Wlodzimierz Kuklinski


Elle est allongée sur le lit et regarde la pointe de ses cheveux. Il n’aime pas voir son attention dirigé ailleurs, ça le rend jaloux. A quoi pense-t-elle quand elle fait cela ? Pourquoi ne fait-il plus parti de son monde à ces instants précis ? Qui ou quoi capte son attention quand elle a cette expression lointaine ? Elle lui échappera un jour, il en est trop conscient quand il la voit ainsi. Dans son ventre, il sent une boule se former et grossir. Elle sera suivit de cette rage sourde qui montera inexorablement en lui et le dévorera. Il déteste sentir cela mais il n’arrive pas à lutter.
-          Lucie, donne-moi la clef de douze, s’il te plait.
-          Quoi ?
-          La clef de douze !
-          C’est quoi ça ? Elle est où ? Comment je la reconnais ?
-          « C’est quoi ça ? Comment je la reconnais ? » dit-il avec une voix puérile, d’un air moqueur et cynique.
-          Ca ne va pas ? Qu’est-ce qui te prend ? -Lucie est blanche, désorientée- Je ne comprends pas, qu’est-ce que j’ai encore fait ?
-          « Je ne comprends pas » continua-t-il avec un air supérieur et cette petite voix horrible sensée l’imiter
Son petit manège mesquin continua, encore une ou deux minutes, à chaque phrase qu’elle rajoutait pour se défendre. Elle est désemparée. Il savoure l’humiliation qu’il lui inflige. Ca lui fait du bien de la voir souffrir. C’est une petite vengeance hypocrite qui le soulagera un temps… En tout cas, ça le soulage maintenant.
Les larmes au bord des yeux, au fond du gouffre, Lucie se lève « je me casse » et saute par la fenêtre du rez-de-chaussée. Elle part sans se retourner, en pleine tourmente, ouvre le portail de façon brutale et disparait du champ de vision de Thomas.
Quel con je suis. Je suis en train de la perdre pour de bon cette fois « Attends ! »
Elle n’était plus là pour l’entendre. L’aurait-elle entendu d’ailleurs…

« Reviens ! »
Il prend les chefs de la caisse et s'y dirige d’un pas rapide. Elle ne peut pas être loin. Ca fait quoi ? Trois minutes maximum qu’elle est partie et à pieds. Même à la vitesse où elle s’est envolée, elle n’a pas du atteindre le haut de la côte. « Attends, reviens, je regrette ! ». Ces mots ont pour seule réponse, l’écho et le vent. Sa voix se tue, il monte dans la voiture et démarre.
Il la voit au loin « elle marche vite quand elle s’enfuit. Son manteau vole derrière elle. Elle est belle quand elle est perdue. Reviens, je ne veux pas te perdre même si je fais tout pour… »
Une voiture la suit au pas, Lucie n’est pas rassurée. Il fait nuit et cette route, même fortement éclairée, est un boulevard assez large pour se faire embarquer contre son grée. Elle ralentit un peu et regarde les environs. Aucun bus et plus d’une heure de marche. Par où aller pour éviter les mauvaises rencontres ?
Elle prend son courage à deux mains, s’arrête et fait volte face pour affronter celui qui vient de stopper son véhicule. C’est Thomas. Malgré sa douleur, sa peur s’envole. C’est lui. Il est là.

Il ne veut pas que je rentre seule malgré ce qu’il vient de faire. Des remords peut-être ? Pourquoi faut-il toujours qu’il complique tout ? On peut être bien ensemble. Pourquoi, quand tout va bien, vient-il tout gâcher ?
Elle avance vers lui, il recule. Stupéfaite, elle fait demi tour et repart sur sa lancée « hors de question que je me rabaisse à le supplier et que j’alimente ce petit jeu malsain ! Mais quel con !!! Oui, vraiment, c’est un con ! »
Il avance, la dépasse, ouvre la portière et lui dit de monter.
-          Non merci, je vais continuer à pieds.
-          Arrête.
-          Non, franchement, ce n’est pas la peine d’insister
-          Je regrette… Je suis un con.
Lucie s’arrête à nouveau, regarde la portière ouverte et décide, un peu à regret mais soulagée, de monter dans la voiture.
Elle prend place à ses côtés et aucuns mots ne furent échangés sur le trajet.
En arrivant en bas de chez Lucie, Thomas coupe le moteur.
-          Je ne comprends pas ce que tu attends de moi. Je suis vraiment si nulle ?
-          Non mais c’est plus fort que moi. J’ai un problème.
Un silence suivi cette déclaration. Lucie le regarde gravement et affronte son regard.
-          Lequel ?
Muettement, ses yeux fixement posés sur elle, il forme un « je t’aime » avec sa bouche. Il n’arrive pas à le dire. Ca fait trop mal.
-          Ça ne devrait pas être un problème dit-elle souriante mais mal à l’aise
-          Ca l’est pour moi…
-          Pourtant, ça pourrait être si simple…
-          Je n’y arrive pas. Je me sens trop fragile avec toi, trop dépendant. J’ai des tas de choses à faire et je ne veux pas en être détourné.
-          Je ne t’ai jamais rien demandé. Je n’attends rien de toi.
-          Je sais... Tu ne demandes jamais rien… Tu n’attends jamais rien… C’est moi qui ne vais pas bien. Je me sens prisonnier. Quand tu es là, ta présence m’énerve et en même temps, je ne voudrais pas que tu partes. Quand tu es ailleurs, j’ai du mal à me concentrer. Je me demande ce que tu fais. Pendant les répétitions, tout va bien, j’arrive à ne plus penser à toi, je passe des moments forts, agréables, ils m’électrisent et je suis bien, vivant. Pendant les concerts, tu n'hésites plus pour moi, je suis seul avec ma guitare, en parfaite fusion. Mais dés que je la pose et que les musiciens partent, tu reviens en force dans ma tête et même lorsque tu n'es pas là, je me sens vampirisé, en état de manque, c’est insupportable ! Je ne m’appartiens plus... Je ne me retrouve plus... Tu comprends ?
-          Peut-être que je suis la femme de ta vie dit-elle en riant nerveusement.
-          Si j’avais pu penser une seule seconde en te rencontrant que tu puisses l’être, j’aurais changé de trottoir en te croisant. Je ne t’aurais jamais approché.
-          C’est vache ce que tu dis. Tu cherches encore me blesser. Tu as été avec moi en pensant ne jamais tenir à moi ? Je ne sais pas quoi dire. Ca fait mal d’entendre la raison de notre union.
-          Je n’ai pas voulu ça et je me retrouve dans cette prison. Je n’aurais pas du t’aimer puisque je l’avais décidé ainsi. Je pensais me protéger de cela et je n’ai pas réussi. Rien ne doit passer avant ma musique. Tu comprends ? C’est ma vie.
-          Oui, je comprends. Tu vis pour ta passion et tu n’as pas de place pour autre chose. Arrêtons les dégâts. C’est mieux.
-          Même si c’est ce que je veux, j’ai du mal à prendre cette décision. Je suis rongé de l’intérieur. Je n’y arrive pas.
-          Tu n’as plus à choisir puisque je te quitte. C'est plus facile pour toi et j'en ai assez de tes moments d'hésitation. Je veux que tout soit clair entre nous. Continuer dans ces conditions ne le serait pas puisque je ne peux plus t'aimer. Quelque chose vient de se casser. Je veux vivre autre chose à partir de maintenant. Peut-être resterons-nous amis.
-          Non, je ne crois pas en l’amitié entre un homme et une femme.
-          Nous ne nous reverrons plus alors. Adieu Thomas.
-          Adieu Lucie.

 


 

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